La conduite d’un Side-car

Tout sur la conduite d’un side-car

Un engin atypique qui n’aime pas aller droit et qui refuse de tourner

Nos conseils pour rouler en sécurité

Il fut une époque où tout le monde (ou presque) savait conduire un side-car : le side-car était l’engin familial des classes populaires n’ayant pas assez d’argent pour s’acheter une petite auto. En occident, le déclin fut signé au début des années 50, quand les gouvernements décidèrent que les classes laborieuses avaient droit à la voiture individuelle et lancèrent, dans leurs pays respectifs, des plans industriels ad hoc. Et c’est ainsi que les 2 CV Citroën et 4 CV Renault, les Fiat 500 et 600, les VW Coccinelle, les Austin Minor mirent le side-car à l’index, sauf dans les pays de l’ex-bloc soviétique où les Ural , mais surtout les MZ et Jawa firent de la résistance jusqu’à la chute du Mur, remplacés ensuite par des Skoda et Dacia.

Car, osons dire une vérité : un side-car ne sert à rien. Ça prend de la place, ça ne penche pas et c’est compliqué à conduire. C’est pour cela qu’il est indispensable dans le paysage motorisé contemporain qui tend à l’uniformisation. Car la vie est trop courte pour rouler triste, vous ne trouvez pas ? Et sa cote de sympathie auprès du grand public est une source constante d’émerveillement.

Aujourd’hui, vous aurez probablement remarqué deux choses : les side-cars se font rares et ils sont majoritairement conduits par des motards expérimentés portant fièrement Barbour et barbe fleurie. Ce qui veut dire que le side-car est l’engin de ceux qui ont déjà fait le tour de la question motocycliste et que, s’il ne sert à rien de vraiment utile, le side-car reste un engin formidable pour voyager loin ou tout simplement, vivre la route autrement.

Contrairement à ce que beaucoup pensent, les trois roues ne sont pas un gage de stabilité. Une moto genre rétro ou néo-rétro, c’est 200 kilos ; un pilote équipé, c’est souvent au moins 80. De l’autre côté, le panier sur son châssis pèse de 80 à 100 kilos. On a donc 75 % du poids sur les deux roues de gauche et 25 % du poids sur la roue de droite, si le side est conduit en solo. Avec un passager ou des bagages, la proportion peut passer à deux tiers / un tiers. Quoi qu’il en soit, le side reste un engin déséquilibré. Sa bonne conduite est liée à la compréhension de l’équilibre des masses, de sa géométrie et aussi et surtout, de son centre de gravité ! Ce dernier point est extrêmement important. Un side posé sur des roues de 18 pouces (un Ural T) aura des réactions très différentes d’un autre side posé sur des roues de 19 pouces (un Ural Ranger), alors que dans l’esprit du grand public, ce sont des engins très proches dans l’esprit, si ce n’est identiques.

De fait, cet article exclut les sides à « petites roues » (14 pouces et moins), plus typés sport voire carrément « piste ».

Aller tout droit, le side n’aime pas trop ça…

On pourrait penser qu’aller tout droit, c’est la chose la plus simple. Déjà, il faut comprendre la logique du side, engin déséquilibré par excellence : quand on accélère, le side tire à droite ; quand on freine, il tire à gauche (sauf les Ural 2015 à freins à disques sur le panier, qui font un peu la saucisse volante au freinage).

Contrairement à une moto solo qui est monotrace, le side va subir les irrégularités de la route, le carrossage du bitume, les nids de poule, les imperfections diverses. Il va onduler, vivre. À vous de trouver le juste équilibre entre la fermeté (le maintenir sur la route) et la liberté (lui laisser danser la samba qui fait partie de son ADN). Le side-car est sans cesse embringué dans un ballet d’une sensualité maladroite.

Pour tourner à gauche, il faut forcer un peu (mais pas trop)

Pour tourner à gauche, il suffit globalement de braquer et le side suit la trajectoire, après un léger instant de résistance. On se rend compte à l’usage que plus on le brusque et plus la réponse est incisive. Jusqu’à la découverte d’un instant critique : à force de prendre appui sur la suspension du panier, le side peut toucher du nez le bitume en virage lent, ce qui n’est pas sans déséquilibrer l’ensemble.

Comme toujours, il faut anticiper et décomposer les mouvements. Une petite dose de freinage supplémentaire permettra d’inscrire le side en virage de manière naturelle ; à vous alors de prendre en main la suite des opérations.

Le side n’aime pas tourner à droite (et il faut respecter ça)

Attention : moment de stress ! Le virage à droite est piégeux dans ce sens qu’il implique un transfert de masse pouvant, dans une situation extrême, lever le panier jusqu’à un point de retournement de l’engin. En d’autres termes : et paf, la cabane sur le chien !

Le problème, c’est que quand ça arrive, il n’y a plus beaucoup d’autres solutions que de sortir de la trajectoire et que le réflexe est de freiner (ce qui augmente les probabilités de sortie de route), alors qu’en accélérant et en exagérant le transfert de masse sur le panier, ça finira par tourner. Oui, c’est shaddock.

On a vu qu’accélérer stabilise le side en le faisant un peu tirer vers la droite : il faut donc mettre à profit cet état de faits en sacrifiant sa vitesse d’entrée en virage, mettre le châssis du side en tension en braquant, avec son bras gauche tendu au maximum, puis accélérer doucement en visant la sortie du virage et en essayant d’avoir la trajectoire la plus tangencielle possible.

Conclusion : des plaisirs différents mais intenses

En side « néo rétro » posé sur des roues de 16 à 19 pouces, la performance ne peut pas être au rendez-vous. Ces engins atypiques sont entièrement dédiés à la balade, à un rythme tranquille, en sachant que ces quelques règles de base énoncées ci-dessus seront challengées en fonction du profil de la route, des virages en épingle, des dévers. Dans le cas des sides avec 2 roues motrices, tels que les Ural Ranger, l’absence de différentiel cantonne cette pratique au franchissement pur ou aux conditions extrêmes.

Plus encore que sur une moto, le side-car demande une véritable humilité et nécessite des milliers de kilomètres de pratique avant de pouvoir se sentir à l’aise et de pouvoir envisager la route sereinement. Dans tous les cas, une initiation à la conduite via une association telle que IniSide est fortement recommandée. Après, vous découvrirez une autre façon de voyager, à la manière d’un fan d’automobiles qui aurait décidé de ne rouler qu’en Traction Avant et en ne prenant que des départementales délaissées. Un autre plaisir, tout aussi dense.

Moto-Addict vous propose un cours d’initiation à la conduite de ces Ural si attachants et si vecteur de contacts sociaux. Réservé aux détenteurs de permis de conduire motocycles,